Le Bio-Club par l’iconographie

 

 

Le Muséum de Grenoble conserve une collection de plus de 200 plaques photographiques en verre consacrées au Bio-Club, à ses activités et ses membres. Ces vues, prises au début du XXe siècle, ont pour principal auteur Hippolyte Müller. Si la grande majorité des milliers de plaques photographiques réalisées par l’éminent préhistorien est aujourd’hui conservée au Musée dauphinois, ce lot plus modeste trouve légitimement sa place au Muséum de Grenoble. Créée en 1906, dissoute en 1998 seulement, la Société dauphinoise d’Études biologiques – autrement appelée Bio-Club – est en effet un bel exemple de sociabilité savante dédiée aux sciences de la nature.

  

Vient compléter la collection de plaques de verre une importante série de tirages papier, reproduisant le plus souvent des images déjà visibles sur des plaques de verre conservées au Muséum ou au Musée dauphinois. Des tirages papiers plus récents – la date la plus tardive repérée est 1947 – permettent d’illustrer une période postérieure au décès d’Hippolyte Müller (1933). Leurs auteurs ne sont pas connus mais il n’est pas exclu qu’ils proviennent au moins en partie du professeur Louis Léger lui-même. 

 

Outre cet ensemble photographique, le Muséum de Grenoble se trouve dépositaire d’une partie de la mémoire du Bio-Club : totalité des publications (bulletins et procès-verbaux des séances), archives diverses, dessins et aquarelles réalisés par des membres…

  

Ce fonds, longtemps négligé, méritait pourtant d’être exploré et valorisé. La première étape a consisté à numériser les images fixées. Celles-ci, en négatif ou positif, parfois stéréoscopiques, n’avaient pas toujours été conservées dans les meilleures conditions et l’émulsion de certaines étaient dégradées. Leur numérisation et le traitement des images obtenues a néanmoins permis de retrouver la lisibilité de la quasi-totalité du fonds.

Science et convivialité

 

En 1926, à l’heure de fêter le 20ème anniversaire de la société, Victor Piraud, son secrétaire général – et depuis peu conservateur du Muséum de Grenoble – rappelle, dans la brochure publiée à cette occasion, dans quel esprit fut créé le Bio-Club :

 

Sur l’initiative de M. le professeur Léger, quelques amis se réunirent, le 16 Février 1906, et, d’enthousiasme, proposèrent de fonder une Société dans les séances de laquelle on se communiquerait le fruit de ses recherches et on s’entretiendrait de divers sujets  relatifs à la biologie locale. […] Ce que ces quelques amis réunis voulaient, c’était grouper amicalement hommes de laboratoires, naturalistes, chercheurs, observateurs, collectionneurs de tout ce qui a trait à l’étude de la nature vivante ; ils voulaient fonder un groupement familier duquel serait exclu tout formalisme cérémonieux, ils voulaient se rencontrer souvent en réunions et surtout en excursions biologiques faites en commun, ce qui leur permettrait de voir et d’apprendre dans le grand livre de la Nature.

 

 Une haute exigence scientifique d’un côté, la volonté de ne pas se prendre trop au sérieux de l’autre : Victor Piraud résume dans ce texte toute la philosophie du jeune Bio-Club.

 

 Autour de Louis Léger (1866-1848), professeur de zoologie à la Faculté des Sciences de Grenoble, spécialiste d’hydrobiologie et fondateur de l’Institut de Pisciculture, la fine fleur du milieu universitaire grenoblois est au rendez-vous. Sont présents à la réunion inaugurale les botanistes Jean-Paul Lachmann (1851-1907) et Jules Offner (1873-1957), ainsi que les zoologistes Edmond Hesse (1872-1934) et Léon Perrier (1873-1948), futur homme d’État de la IIIe République. Par la suite, la présence des professeurs de la Faculté des Sciences de Grenoble ne se démentira pas. Citons par exemple Marcel Mirande (1864-1930) pour la botanique, ou encore, provenant d’un horizon disciplinaire un peu plus éloigné, le géographe Raoul Blanchard (1877-1965), régulier des réunions de la société. Plus rare est la participation des géologues, au moins à cette époque : c’est de façon tout à fait exceptionnelle que Wilfrid Kilian (1862-1925) accompagne les sociétaires du Bio-Club lors d’une excursion à la grotte de Bournillon le 19 juin 1910. Il apparaît, entourant d’un bras son fils Conrad, au milieu du groupe, sur un cliché pris au moment de la pause déjeuner.

 

 Louis Léger (1918)

 

Louis Léger (1935). De 1907 à 1947, l’apparition sur les clichés de mêmes personnages laisse voir au fil du temps, de façon assez émouvante, leur vieillissement progressif.

 

 Jules Offner (1907)

 

Wilfrid et Conrad Kilian (1910). Sur ce cliché, Conrad va avoir 12 ans

 Edmond Hesse (1919)

 

Marcel Mirande (sans date)

Raoul Blanchard ? (1931)

Outre le fait que les clichés pouvaient être flous à la prise de vue, certains de ces portraits sont des détails extrêmement grossis de photos de groupe. Cela explique la qualité parfois médiocre de quelques-unes de ces images

Aux côtés des universitaires, figurent les amateurs éclairés. Ce terme ne rend pas justice à la passion pour les sciences et à la qualité de ce groupe. Que l’on songe, par exemple, à Louis Lavauden (1881-1935), fonctionnaire des Eaux et Forêts, qui participe activement à la vie de la société avant son départ pour la Tunisie puis Madagascar, d’où il ramène en nombre spécimens et publications. Ou encore à l’entomologiste Victor Guédel (1850-1938). Et évidemment à l’incontournable Hippolyte Müller, accompagné de son fils Jean, dont le coup de crayon a saisi au vif quelques-uns des sociétaires. Ne donnons encore qu’un nom, celui de Victor Piraud (1878-1955) : conservateur du Muséum de Grenoble à partir de 1919, il n’a pas attendu sa prise de fonction pour être un des membres les plus dynamiques du Bio-Club. Il est impossible de citer les plus de 300 membres que compte le Bio-Club dans ses premières années, comme il est impossible de mettre un nom sur chacun des visages apparaissant sur les photographies de ces premières années.

 

 Louis Lavauden (1909)

 

 Le Docteur Georges Moncenix, responsable du bureau municipal d’hygiène de Grenoble. Président du Bio-Club en 1923.

 

 Eugène Brun (1921). Président du Bio-Club en 1913.

 

Victor Guédel (1918)

 

 Boissieux (1910)

 Joseph Flandrin (1927)

 

 Grotte à Bibi (1909) : Hippolyte Müller, à droite ; Jean Müller, son fils, au centre avec le serpent ; Victor Piraud, au fond à gauche.

 

 Maurice Breistroffer ? (1930). Conservateur du Muséum de Grenoble de 1940 à 1978.

 

 Victor Piraud (sans date)

 

 Le Docteur Henry Le Même (1918). Président du Bio-Club en 1910.

 

 

Mais, le texte de Piraud cité plus haut l’explique bien, Louis Léger et ses amis n’ont pas voulu faire du Bio-Club une de ces sociétés savantes à l’atmosphère académique empesée. Si les réunions bimensuelles permettent à chacun de présenter ses dernières découvertes au cours de petites conférences sérieuses et documentées, elles se déroulent dans les arrières salles des cafés, lieu autorisant une plus grande décontraction. Les excursions répondent au même double objectif : convivialité et partage des connaissances sur le terrain. Les sociétaires établissent dès 1907 une festivité annuelle qui aura une longue tradition : le Réveil de la Nature. Le principe en est simple : au printemps, alors que la nature sort de son engourdissement hivernal, une excursion est programmée, suivie d’un banquet préparé dans une auberge avoisinante. Ce rendez-vous annuel est particulièrement bien illustré par Hippolyte Müller dans notre fonds iconographique, preuve de son importance collective. Une chose est sûre, en tout cas, c’est que la bonne humeur est partout présente et peut même aller jusqu’à l’esprit potache. Victor Piraud, le premier, semble ne jamais se départir de sa jovialité.

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

L'excursion naturaliste illustrée

 

Comment s'y rendre ?

 En train ! Arrivée des Bio-Clubistes à la gare de Saint-Antoine (1911)

 

 Le groupe de randonneurs à la gare des Echelles (1912)

 

 ... mais aussi, plus tard, en automobile (1932)

 

Comment s'équiper ?

 La parfaite tenue du randonneur naturaliste. Le docteur Le Même en 1923 dans le Trièves. Filet à papillons d’une main, boîte à herboriser sous le bras, chapeau, vêtements robustes mais confortables, chaussures de marche.

 

 Chaussures cloutées et bandes moletières (1909)

 

Boîtes à herboriser (dites également « cocottes »), parapluie, cannes et bâtons, couverture roulée.

 

 Epuisette

 

Jean Müller avec un filet à papillons (Réveil de la Nature, 1909). A gauche, outil d’un usage incertain.

Ce Bio-Clubiste n’est pas un émule de Pancho Villa mais se sert de cette sorte de cartouchière pour transporter sans risque ses flacons d'échantillons.

 

 Bien plus tard, en 1946, un dispositif identique

 

L'indispensable drapeau du Bio-Club. De toutes les sorties, il apparaît régulièrement sur les clichés d’Hippolyte Müller.

 

 Optiques

 

Présence (discrète) des femmes

Elles représentent une infime minorité du groupe. Invitées exceptionnellement aux excursions, elles disparaissent totalement des photographies prises à l’occasion de banquets ou de cérémonies plus officielles qui restent un moment de sociabilité purement masculin.

 

Equipée pour la randonnée de pied en cap, mais de façon sans doute peu commode, voici la seule jeune femme qui apparaît à plusieurs reprises sur les clichés. Qui est-elle ? Une hypothèse très hasardeuse : pourrait-il s’agir de Marcelle Gauthier, qui a publié avec Louis Léger des travaux d’hydrobiologie ?  

 

 (mai 1925)

 

Travail sur le terrain

Chichilianne, 1929, recherche de Liponeura

 

 

 

 (1919)